Dès les premiers jours du ministère de Jésus, il y a eu des débats et des discussions à son sujet. N'est-il pas intéressant que ces discussions se poursuivent encore aujourd'hui? Elles ont commencé avec les gens de son époque et de son village. «D'où lui viennent cette sagesse et ces miracles? N'est-ce pas le fils du charpentier? Sa mère ne s'appellet-elle pas Marie [...]?» (Mt 13:54,55)
On pourrait parler ici du scandale de la particularité : le Messie venait bien de quelque part, bien sûr, mais pas d'un endroit qui nous est familier et certainement pas d'une famille comme la nôtre ! D'une manière ou d'une autre, les interrogations fondamentales exprimées par les gens de ce village, concernant l'identité de Jésus, ont marqué les débats à son sujet tout au long des siècles, renforçant la mystique qui l'environne.
Mais qui donc était Jésus? Pourquoi l'a-t-on confondu avec d'autres grands personnages juifs? À quels défis l'intégrité et l'identité de Jésus ont-elles été confrontées durant les siècles qui ont suivi l'époque du Nouveau Testament ? Quelles étaient les convictions des auteurs bibliques concernant son identité et pourquoi? Telles sont certaines des questions que nous examinerons au cours de cette première semaine.
La question soulevée par les concitoyens de Jésus (Mt 13.54, 55) a souvent été posée de façon diverse durant son ministère public par les gens qu'il a rencontrés dans les différentes régions de Palestine. C'est pourquoi, tandis qu'il traversait la région de Césarée de Philippe avec ses disciples, six mois environ avant la dernière confrontation de sa vie, Jésus a éprouvé le besoin de les tester au sujet de la question délicate du jour: "Au dires des dens, qui est le fils de l'homme? " (Mt 16.13)
Lisez la réponse des disciples à la question de Jésus dans Mt 16.14. Qu'est-ce que cela indique sur leur connaissance des questions théologiques de l'époque ? Pourquoi, à votre avis, Jésus a-t-il voulu traiter de cette question à ce moment précis ?
Le rapport fait par les disciples sur ce que les gens disaient de Jésus nous donne sans doute un aperçu sur la façon dont individus et groupes percevaient son ministère. Comment certains pouvaient-ils penser que Jésus était Jean Baptiste alors qu'ils étaient contemporains? Bien sûr, de nos jours, on ne comprend guère comment il était possible de confondre Jésus et Jean Baptiste. Mais quand on réfléchit à l'absence des médias de masse au premier siècle et à l'abondance des informations et des rumeurs de seconde main, la confusion est facile à faire. Après tout, les ministères de Jean et de Jésus n'étaient pas sans parallèle, comme le montrent les passages ci-dessus. Mais ceux qui avaient rencontré Jean n'auraient pas dû avoir d'hésitation (Mt 3.11, 12; Mc 1.6-8).
Quels aspects du ministère de Jésus pouvaient leur rappeler celui du Baptiste ? Mt 3. 1-3 ; 4.12, 13, 17 ; 14. 1, 2 ; Mc 1.1-5.
Il est facile de jeter un coup d'œil en arrière sur les erreurs des autres et se demander comment ils ont pu les faire. Quelles leçons en tirer pour nous éviter de refaire les mêmes erreurs ?
Relisez Mt 16.14. Que l'on confonde Jésus avec Jean est une chose. Mais qu'on le confonde avec Élie, Jérémie ou un autre prophète de l'Ancien Testament! D'où venaient donc de telles idées?
Quelle signification voyez-vous dans le fait que les contemporains de Jésus l'identifiaient avec ces personnalités particulières?
Élie était le prophète audacieux du célèbre mont Carmel, celui qui avait eu la témérité d'affron-ter le roi récalcitrant d'Israël et sa femme démoniaque. Il s'était Il dressé, seul, contre les institutions religieuses du régime corrompu d'Achab. (Voir 1 R 18)
Jérémie (" le prophète pleureur "), à une époque de troubles intenses, a adressé à ses compatrio-tes un message tout à fait malvenu sur la scène nationale - ce qu'il a d'ailleurs payé cher (Jr 20.1, 2, 7,8).
Quant aux autres prophètes fidèles de Dieu dans l'Ancien Testament, Jésus, dans ses reproches cinglants adressés aux scribes et aux pharisiens, a laissé pour la fin le traitement réservé par Israël à ces héros de la foi, comme pour suggérer que là se trouvait le point qu'il voulait souligner: " Vous témoignez ainsi contre vous-mêmes que vous êtes les fils de ceux qui ont assassiné les prophètes." (Mt 23.31)
Être pris pour l'un des personnages cités par Pierre dans sa réponse (Mt 16.14) était clairement un grand compliment. Il s'agissait de géants spirituels dont le caractère excellent avait eu un grand impact sur la société juive. Mais aussi flatteuses qu'elles aient pu paraitre, de telles comparaisons (comme nous le savons) étaient loin de la vérité. Si Jérémie, par exemple, avait dit qu'il était la lumière du monde, l'histoire aurait vu en lui un dément. Aussi spectaculaire qu'ait été la victoire sur le mont Carmel, si Jésus avait défailli face à la menace comme le héros du Carmel, aujourd'hui nous ne tomberions pas à ses pieds avec révérence. La confusion entre Jésus et ces anciens croyants, aussi gratifiante et révélatrice qu'elle paraisse, était très loin de la réalité décrite dans les évangiles.
Quelle est la principale différence entre Jésus et tous ces autres prophètes? Pourquoi celle-ci est-elle d'une telle importance pour nous? (Voir Jn 1.1-5; 17.5; He 1.1-3)
Le Nouveau Testament ne spécule pas sur Jésus, mais le présente simplement comme le divin Fils de Dieu. Il ne répond pas non plus aux nombreuses interrogations sur l'être et la personne de Jésus qui ont préoccupé les générations suivantes. Cependant, dans toutes les discussions et argumentations, un consensus existait alors sur le caractère central des Écritures et l'identité fondamentale de Jésus-Christ.
Mais le prétendu siècle des Lumières (aux XIIè et XVIIIè siècles) allait changer cette perspective. Les Écritures n'étaient plus, désormais, à la base du discours sur Jésus. De nouvelles méthodes et de nouveaux critères étant appliqués à l'étude d'autres documents anciens, ils ont également été appliqués à la Bible. Toute étude étant soumise à l'analyse et à la critique rationnelle, le surnaturel ou la foi biblique, en tant préalable fondamental, a été rejeté. La vision biblique traditionnelle d'une race humaine plongée dans le péché et ayant besoin d'être sauvée par Dieu a été remplacée par l'humanisme, croyance optimiste dans les capacités de l'homme et dans ses progrès.
Le changement de perspective était si radical et d'une si grande portée que beaucoup ont pensé assister à la fin du christianisme. La religion a été considérée comme obsolète et la raison, autrefois servante de la théologie, est devenue sa maîtresse reconnue. En conséquence, l'intérêt s'est déplacé du Jésus décrit dans les évangiles, le Jésus de notre salut, au Jésus historique, c'est-à- dire, comme on l'a supposé, le vrai Jésus tel qu'il aurait réellement existé, sans les acquis théologiques imposés par les évangiles et, plus tard, par la piété chrétienne. En d'autres termes, ce Jésus, quel qu'il fût, n'était certainement pas le Sauveur du monde.
Méditez sur les changements survenus, au cours des siècles, dans la façon de considérer Jésus. Puis voyez les réflexions suivantes:
1) les auteurs bibliques étaient certains de la véracité de leurs écrits. (Voir Lc 1.1-4) Que dit Luc sur ce qu'il écrit? Pourquoi devons-nous le croire? 2) Pierre, lui-même ayant eu à confondre des sceptiques et des gens qui doutaient, a été l'un de ces témoins oculaires dont parle Luc. (Voir 2 P 1.16-21) Même si Pierre parle ici de questions plus vastes que celle de l'identité de Jésus, comment utiliser cette approche pour nous protéger des attaques comme celles du siècle des Lumières?
3) Paul a lui aussi été obligé d'affronter directement de telles questions. Quels arguments a-t-il présentés? (Voir 1 Co 1.18-27; 15.3-7)
Le mouvement du prétendu Jésus historique s'appuyait sur l'idée que l'on pouvait trouver dans les évangiles suffisamment d'informations pour établir le portrait de Jésus en tant que personnage historique, malgré les changements opérés par l'Église primitive (selon les allégations propres au siècle des Lumières). Cette nouvelle façon d'aborder l'étude de Jésus était considérée par ses partisans comme scientifique, et donc en harmonie avec l'air du temps.
Cette tendance s'est maintenue jusqu'au XXè siècle. Puis de nouvelles études ont sapé ce mouve-ment, montrant que l'idée d'un Jésus historique était totalement non scientifique et subjective. Ces recherches ont vu dans toute cette entreprise rationaliste un misérable échec.
Les études ayant trait au Jésus historique sont longues, tortueuses et compliquées. Il n'est pas nécessaire de s'y attarder plus longtemps, sauf pour mentionner le prétendu Séminaire de Jésus, groupe contemporain d'érudits radicaux déterminés à réussir là où d'autres recherches historiques ont échoué. Ils ont pour but de "sauver Jésus des docteurs farfelus qui ont écrit les évangiles". - Roy Hoover, dans Kenneth 1. WOODWARD, "The death of Jesus" ("La mort de Jésus ", Newsweek, 4 avril 1994, p. 39.
Peu de gens aujourd'hui prennent au sérieux le Séminaire de Jésus. (En effet, comment prendre au sérieux des personnes qui affirment qu'au lieu d'être ressuscité, Jésus, après sa mort, a été dévoré par des chiens?) Aujourd'hui, la position chrétienne prédominante met l'accent sur le fait que le christianisme a un solide fondement historique. Malgré deux millénaires de critiques et de controverses, Jésus demeure le Maître incontesté de tous les siècles.
Répliquant de façon particulièrement pertinente aux sophismes intellectuels de son époque, Paul a souligné l'essence de la proclamation chrétienne ; " En effet la parole de la croix est folie pour ceux qui vont à leur perte, mais pour nous qui sommes sur la voie du salut elle est puissance de Dieu." (1 Co 1.18) Pourquoi le message de la croix est-il, pour nous aussi aujourd'hui, d'une telle importance ?
Lisez également 1 Co 1.18-27. Quel message ces versets nous communiquent-ils ? Quels aspects de notre foi ne peuvent être expliqués par " la sagesse du monde " (1.20)? De quelle façon Dieu a-t-il frappé de folie la sagesse du monde (1.20)?
La question de l'identité de Jésus ne se résume pas à une proposition théologique que l'on doit ou non prouver. Non, il s'agit ici de la foi d'innombrables croyants au cours des siècles. Si Jésus n'est pas la Personne en qui ils ont cru, c'est qu'ils ont cru à des mensonges et à des fables, et nous sommes tous perdus. Si Jésus n'était qu'un homme ayant vécu il y a deux mille ans en Palestine, l'Église chrétienne se trouverait alors impliquée dans le canular le plus scandaleux de toute l'histoire du monde.
Les textes suivants ne vont-ils pas droit au cœur de cette question?
Mt 1:22.23
Mt 11:2:-6
Mt 22:41-45
Mc 14:61-64
Jn 20:26-28
Nous devrions avoir la même réaction que les disciples assistant au miracle de Jésus calmant la tempête (Mt 8.23- 27) : "Quelle sorte d'homme est-il, celui-ci, que même les vents et la mer lui obéissent?" (8.27) La nuit où Jésus a été arrêté, le grand prêtre a posé à Jésus une question très directe, lui demandant de répondre sous serment: "Je t'adjure par le Dieu vivant de nous dire si c'est toi qui es le Christ, le Fils de Dieu. Jésus lui répondit: "C'est toi qui l'as " (Mt 26.63, 64) Dans la salle du tribunal de Pilate, ce gouverneur a également posé cette question à Jésus: "Es-tu le roi des Juifs, toi?" Jésus lui a fait la même réponse : "C'est toi qui le dis" (Mt 27.11)
C'était certes là, quel que soit le critère, deux réponses extraordinaires. Si Jésus, fils (comme on le pensait) d'un humble charpentier de Nazareth, avait la témérité de répondre affirmativement à la question de Pilate sur sa royauté, il est clair qu'il évoquait des réalités transcendant le mon-de. C'est bien ainsi que nous comprenons sa réponse dans le palais du grand prêtre: Désormais vous verrez le fils de l'homme assis à la droite de la puisance et venant sur les nuées du ciel " (Mt 26.64)
Ainsi, les évangiles (et le reste du Nouveau Testament) l'affirment clairement: en Jésus, le Fils du Dieu vivant est apparu sous forme humaine, lui seul étant habilité à communiquer à tous les hommes cette invitation exceptionnelle: " Venez à moi, vous tous qui peinez sous la charge; moi, je vous donnerai le repos." Mt 11:28
A LIRE:
Sur la question de l'identité de Jésus, lire Ellen WHITE, Jésus-Christ, "N'est-il pas le fils du charpentier?" p. 219-227.
"Qui est ce Jésus, demandèrent-ils? Celui qui s'attribuait les gloires du Messie n'était autre que le fils du charpentier Joseph, dont il avait partagé le métier. On l'avait vu parcourir les collines, on connaissait [...] ses frères et ses sœurs. On l'avait vu grandir de l'enfance à l'âge adulte [...] Il est vrai que sa vie avait été sans tache; néanmoins on ne voulut pas admettre qu'il était celui qui avait été promis." - Ellen WHITE, Jésus-Christ, "N'est-il pas le fils du charpentier?" p. 220, 221. " Cet homme sorti de la pauvreté et de l'humilité ne pouvait être pour eux qu'un homme ordi-naire." - Idem, p. 222.
"Un homme qui ne serait qu'un homme et qui parlerait comme Jésus n'aurait rien d'un grand maître spirituel. Ce serait soit un lunatique [...] soit le Diable. Vous avez là un choix à faire. Ou cet homme était - est- le Fils de Dieu, ou c'était un fou ou pire encore. Soit vous l'enfermez parce que vous le croyez fou, soit vous lui crachez dessus et le tuez à la façon d'un démon; soit vous tombez à ses pieds et l'appelez Seigneur et Dieu. Mais n'allons pas prétendre qu'il était un grand maître humain. Il ne nous en a pas laissé la possibilité. Il n'en a jamais eu l'intention." - C. S. LEWIS, Mere Christianity, "The Shocking Alternative" (" Une alternative choquante "), Mc Millan-Collier, New York, 1960, p. 56.
A MEDITER :
En quoi est-il plus facile pour nous qui vivons deux mille ans après Jésus de l'accepter comme Messie que pour ceux qui vivaient à son époque ? En quoi cela nous est-il plus difficile ?
Le scepticisme à l'égard de Jésus risque de durer jusqu'à la fin des temps. Quelles est pour vous la preuve la plus convaincante de la réalité de Jésus et de sa grâce salvatrice ? Comment partager celle-ci avec d'autres de façon à les convaincre ?
Nous avons vu cette semaine que le rationalisme scientifique du siècle des Lumières a été utilise comme une arme contre la foi. Quels autres mouvements, quelles autres philosophies ou idéologies propres à votre culture s'opposent également à la foi ? Plus important encore, comment répondre à ces défis ?
Que les membres de la classe revoient 1 Co 1. 18-27. Quel message donne ici par Paul est-il important pour nous tous de garder à l'esprit ?