Certaines des déclarations de Jésus exposent toute une série de valeurs radicalement différentes de ce que l'on considère souvent comme la norme. Il dit que nous devons présenter l'autre joue, c'est-à-dire, que nous ne devons pas résister au mal. Or tout un chacun ou presque pense qu'il faut résister au mal, le plus souvent, avec tous les moyens possibles. Aimer nos ennemis? Un ennemi n'est-il pas haïssable? Ce sont nos amis et nos familles que nous devons aimer, n'est-ce pas? Pas d'après Jésus.
Puis cela devient de plus en plus confus. D'après Jésus, ce sont les parias, les prostituées et leurs semblables qui entreront dans le royaume de Dieu avant beaucoup de soi-disant justes. Comment est-ce possible?
Jésus dit que ce sont ceux qui pleurent, ceux qui se montrent miséricordieux, ceux qui sont purs de cœur qui sont bénis. Nous croyions pourtant que c'étaient les riches, les puissants, ceux qui ont belle allure et de nombreux amis qui étaient bénis!
Cependant, même ces déclarations tombées des lèvres de Jésus ne sont pas les plus interpellantes. Nous en examinons dans cette leçon quelques-unes que l'on pourrait classer comme des sortes de sentences, car ce ne sont pas des enseignements au sens strict du terme.
Que voulait dire Jésus par de telles déclarations ? Comment les appliquer dans notre vie aujourd'hui?
Certaines des déclarations, ou sentences, de Jésus traitent de la question du mariage et du divorce. Lisez le passage suivant. Qu'est-ce qui vous semble clair? Plus difficile à comprendre? Même quand tout ne vous semble pas clair, quel message essentiel Jésus nous délivre-t- il ? Mt 19:3-12.
Il y a beaucoup à dire sur la question des pharisiens. Remarquez, par exemple, combien elle est machiste : "Est-il permis à un homme de répudier sa femme pour n'importe quel motif?" (Mt 19.3) Bien sûr, la réponse est non, ce que Jésus a souligné clairement (19.4-6). Cependant, les véritables motivations des auteurs de la question apparaissent au verset 7 : "Alors pourquoi Moïse a-t-il commandé de donner une attestation de rupture à la femme quand on la répudie?" Allant plus loin que Moïse, Jésus utilise des termes plus sévères concernant la rupture conjugale, traitant durement les hommes qui veulent se débarrasser de leur femme. Il n'existe qu'une seule exception, leur a-t-il précisé: l'infidélité conjugale, toute autre raison impliquant un adultère (19.8, 9). Choqués, les disciples se sont mêlés à la discussion: "Il n'est pas avantageux de se marier" (19.10), ont-ils déclaré.
Cette réaction a entraîné l'une des déclarations les plus difficiles à comprendre qui soient tombées des lèvres de Jésus.
Relisez Mt 19:11, 12. Qui n'acceptait pas la sévère ligne de conduite dont parlait Jésus ?
Jésus voulait-il les exempter? Qui se trouvait inclus dans ce "ceux à qui cela est donné" (19.11) ? S'agissait-il d'un groupe de gens moralement doués (vis-à-vis de la sexualité)? Que devons-nous penser de la référence faite par Jésus à la condition d'eunuque? Comment expliquer ces trois catégories d'eunuques, comment les appliquer à nous-mêmes? La dernière phrase, notamment, rend perplexe:"Que celui qui est capable d'accepter cet enseignement l'accepte" (19.12, la Bible du Semeur) Était-ce là une concession divine envers ceux qui étaient trop faibles pour parvenir à l'idéal élevé qu'il soulignait? Et s'il s'agissait bien d'une concession, s'appliquait-elle à l'ensemble du discours sur le divorce?
Comme c'est parfois le cas, certaines choses, dans la Bible, sont difficiles à comprendre (2 P 3:16). Pourquoi vaut-il mieux se concentrer sur ce que nous comprenons et l'appliquer dans notre vie, plutôt que de s'attarder sur les passages difficiles ?
Jésus, comme nous l'avons vu dans une précédente leçon, est l'incarnation du pardon. Nous reprenons ce sujet ici, quoi qu'il en soit, pour débattre de la question suivante: les déclarations de Jésus sur le pardon (comme par exemple, dans le passage ci-dessus) sont-elles aussi simples qu'elles nous paraissent parfois?
Méditez sur Mt 18.21, 22. Quelles sortes d'offenses Jésus avait-il à l'esprit ici? Comment appliquer ses paroles dans le cas de maltraitances sexuelles ou physiques réitérées, comme cela se passe parfois au foyer? Ou serait-ce que Jésus, s'adressant à des gens ordinaires et parlant d'offenses, d'erreurs et de souffrances ordinaires, telles que nous en faisons l'expérience au cours de nos échanges les uns avec les autres, donnait un commandement qui ne prenait pas en compte les cas les plus complexes et sinistres de la criminalité humaine? Qu'en pensez-vous?
Connue dans les médias comme l'adolescente x, elle s'est rendue au tribunal dans une chaise roulante. Levant la tête et bougeant les yeux pour communiquer, cette adolescente âgée de treize ans témoigna " de la maltraitance dont elle fut victime en 1997, maltraitance qui la laissa grave-ment infirme. Elle était le troisième témoin à charge du procès de Patrick Sykes, 29 ans, accusé de l'avoir violée, frappée et de lui avoir versé dans la gorge du poison contre les cafards." - Mike ROBINSON, Washington Post, Associated Press, 24 mars 2001, p.A22.
Jésus demandait-il aux victimes d'actes aussi haïssables de pardonner non seulement la pre-mière fois, mais aussi la septième? Affirmait-il que Dieu ne pardonnerait jamais à ceux qui ne parvenaient pas eux-mêmes à pardonner les démons sous forme humaine qui les commettaient? Il ne s'agit pas ici de ne pas pardonner, mais de ne pas appliquer de travers le conseil du Sei-gneur concernant des atrocités aussi épouvantables que celles citées ci-dessus.
En réfléchissant aux questions que nous venons de traiter, pensez aux paroles de Jésus sur la croix: " Père pardonne-leur, parce qu'ils ne savent pas ce qu'ils font" (Lc 23.34) Si Jésus a demandé à Dieu de pardonner à ceux qui le crucifiaient (de qui parlait-il? Des soldats romains? De Caïphe ? De Pilate? D'Hérode? Des principaux prêtres et scribes?), ne devons-nous pas tout pardonner? Faites part de vos réflexions sabbat prochain.
Au jeune dirigeant fortuné qui est venu le voir, Jésus a dit:"Vends tout ce que tu as, distribue- leaux pauvres " (Lc 18.22) Nous expliquons généralement que Jésus a donné un conseil aussi radical parce qu'il s'agissait du jeune homme riche et qu'il se fondait sur une connaissance prophétique de son besoin particulier. Jésus ici met le doigt sur le principal obstacle existant entre ce diri-geant et le salut: l'argent. Mais ne donne-t-il pas le même conseil à tous?
Dans Lc 12.33, Jésus semble appliquer à tous ceux qui possèdent des moyens l'exhortation qu'il 'a donnée au jeune homme riche:"Vendez vos biens et donnez-les par des actes de compassions.Faites-vous des bourses qui nens'usent pas, untrésor inépuisable dans les cieux " (Lc 12.33)
Comment comprendre cette déclaration? Jésus était-il en faveur d'une redistribution des riches-ses pour tous les chrétiens en tous temps et en tous lieux? Quels problèmes pratiques surgi-raient si nous appliquions cette recommandation à la lettre? Que l'on prenne comme exemple n'importe quelle communauté de chrétiens ayant vendu leurs biens et ayant donné l'argent de la vente aux pauvres, quelle est désormais leur situation financière? Comment subviennent-ils à leurs besoins propres et à ceux de leur famille? Comment parviennent-ils à mener à bien l'autre aspect de la mission confiée par Jésus - annoncer l'Evangile dans des territoires nou-veaux, par exemple?
Trois considérations nous seront utiles ici. Notons ce qui s'est passé au cours du ministère même de Jésus: son petit groupe semblait avoir à sa disposition des fonds que gérait Judas Jn 12.6; 13.29). En second lieu, examinons attentivement ce qui s'est passé pour l'Église primitive, parmi les chrétiens les plus proches du contexte dans lequel Jésus a fait cette déclaration. Dans Ac 4.32-37, nous assistons à des événements apparemment organisés et voulus, tandis que les chrétiens cherchaient à suivre la recommandation de Jésus. En troisième lieu, examinons ce qui s'est produit au sein de l'Église primitive après l'époque des Actes - dans les lettres, de Paul, Jean, Pierre, etc., nous ne constatons pas de vente totale de biens.
Quand on réfléchit à ces textes ou même à l'ensemble de la Bible (qui ne condamne pas les richesses en soi), quel était le point souligné par le Christ, à votre avis? Lc 12.34 n'exprime-t-il pas l'essence même de son message? Commentez.
Pour de nombreuses personnes, l'une des déclarations les plus intrigantes de Jésus se trouve au milieu du sermon sur la montagne: " Soyez donc parfait, comme votre Père céleste est parfai" (Mt 5. 48, Segond révisée à la Colombe) Tout au long des siècles, des chrétiens consciencieux ont lutté pour atteindre l'idéal auquel Jésus, selon eux, les appelait- la victoire totale sur le monde, la chair et le diable. Certains se sont flagellés et frappés, d'autres sont partis en pèlerinage, d'autres encore ont voulu observer la loi de façon stricte. Dans tous les cas, leur but était méritoire. Mais était-ce bien l'idéal auquel Jésus les appelait dans Mt 5?
Notez comment ces passages se complètent et s'équilibrent l'un l'autre:
Mt 10.34-39 et Lc 14.26-27
Mt 7.7-11 et Lc 11.9 -13
Mt 5.48 et Lc 6.32 -36
Le langage assez dur de Jésus dans Lc 14 est adouci par le texte parallèle de Mt 10, qui donne, pensons-nous, une meilleure idée de ce qu'il voulait dire. Et tandis que dans le passage de Mt 7 sur la prière, Jésus nous promet, si nous le lui demandons, " de bonnes choses " (verset 11) - ce qui peut éventuellement attirer l'attention sur le monde matériel, Jésus, d'après Luc, nous offre son "Esprit saint" (Lc 11.13) - changement de perspective considérable.
Les deux derniers textes se prêtent au même type de synthèse. Là où Matthieu fait dire à Jésus: " Soyez donc parfaits " (Mt 5.48, Segond révisée à la Colombe), Luc rapporte ces paroles:" Soyez miséricordieux" (Lc 6.36, Segond révisée à la Colombe), ce qui, d'après les deux contextes, se rapproche davantage de ce que Jésus voulait dire. Dans Luc, le contexte du passage parle d'aimer ses ennemis et de prêter sans rien attendre en retour. Agir ainsi, dit Jésus, fait de nous"desfils du très haut, car les ingrats et pour les mauvais ". (Lc 6.35) Suit aussitôt après la déclaration:" Soyez miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux" (6.36) Dans Matthieu, le contexte est identique, le verset nous recommandant d'être parfaits étant précédé d'une exhor-tation à aimer nos ennemis et à prier pour ceux qui nous offensent, Dieu envoyant la pluie sur les justes comme sur les injustes.
Une jeune femme s'était jointe au groupe décrié de David Koresh durant les années 1990 à Waco, Texas, au moment où sa mère décéda au Canada. Alors qu'elle se préparait à partir pour se rendre aux obsèques, ce gourou intercepta ses plans. Elle n'avait nul besoin, lui dit-il, de dépenser du temps et de l'argent pour un objectif aussi mondain; elle avait des choses plus importantes à faire sur place. Elle n'est donc pas allée aux obsèques.
Lisez les déclarations suivantes de Jésus : Mt 10.34-37 ; 12.46-50 ; Lc 9.59-62 ; 12.49-53 ; 14.26. Que répondriez-vous à l'accusation selon laquelle ces textes tendraient à justifier l'attitude de gourous tels que Koresh (et d'autres), qui dénigrent les liens familiaux et la fidélité aux siens ?
Ces déclarations de Jésus semblent bien dures à nos oreilles de gens modernes. Mais le sont-elles vraiment, quand on comprend ce qu'elles signifient réellement? Dans le cas des morts qui doivent ensevelir les morts (Lc 9.60), par exemple, le père du candidat disciple était-il réellement mort? Ou cette personne disait-elle en réalité: "Je te suivrai quand mon père sera mort et que j'aurai hérité de ses biens"? Comment comprendre également la déclaration de Jésus, dans Lc 14.26, selon laquelle on ne peut devenir disciple du Christ si on "ne déteste pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs et même sa propre vie" ? Comme nous l'avons montré dans la leçon d'hier, le texte parallèle de Matthieu met en lumière ce que Jésus veut dire ici, en parlant de ceux qui aiment père, mère, épouse, etc. plus que lui (Mt 10.37). "Dans la Bible, "détester" doit souvent être compris simplement comme [...] "aimer moins":" - Seventh-day Adventist Bible Commentary, vol 5, p. 811. Ce que Jésus cherchait à nous transmettre, c'était l'importance de donner la première place à Dieu.
Le plus souvent, les liens familiaux sont les liens les plus forts que nous connaissons, à juste titre. Cependant, pourquoi devons-nous toujours donner la première place à Dieu, avant même notre famille, s'il le faut ?
Il est certain que certaines des déclarations de Jésus sont difficiles à comprendre, notamment si on les prend de manière isolée. Mais si nous les considérons dans leur contexte, notamment avec des déclarations parallèles qui les corrigent et les équilibrent, beaucoup d'entre elles deviennent beaucoup plus faciles à comprendre. Même alors, il devient clair que suivre Jésus n'est pas quelque chose que l'on fait à moitié. Ou nous nous donnons totalement à lui, indépendamment du prix à payer, ou nous ne le faisons pas du tout.
"Le célibat n'est pas une situation normale et croire qu'il peut conduire à une sainteté plus grande est une illusion du diable. Chez les Juifs, le célibat était considéré comme fâcheux ou pitoyable et il n'était pratiqué que par des groupes d'ascètes extrémistes tels que les Esséniens [...] Les Écritures précisent notamment que Pierre était marié et sans doute que les autres disciples l'étaient également [...] Jésus n'a jamais recommandé le célibat, ni pour les chrétiens en général, ni pour leurs dirigeants. C'est une situation qui n'est pas naturelle et ne contribue pas au développement d'un caractère harmonieux comme peut le faire une vie conjugale normale.
"Les paroles du Seigneur (Mt 19.12), si on les interprète littéralement, vont à l'encontre de la teneur générale des Écritures. L'idée de mutilation corporelle y est fortement repoussée. Il semble correct de voir dans cette déclaration une analogie avec celle du Christ, dans Mt 5.30, où il nous conseille de couper un membre source de chute." -- Seventh-day Adventist Bible Commentary, vol. 5, p. 455, 456.
A MEDITER :
La déclaration ci-dessus sur le célibat semble évoquer une culture particulière. Ne pourrait-elle pas cependant être source de découragement pour le chrétien ordinaire, célibataire ou veuf, ou qui, pour d'autres raisons, a choisi de rester célibataire ? Comment valoriser le chrétien qui a fait un tel choix ?
Apportez votre réponse à la dernière question de lundi en classe sabbat prochain et discutez des limites que doit-on avoir le pardon.
C'est une chose de voir dans les Ecritures que Dieu doit avoir la première place, avant même la famille ; c'en est une autre, bien sur d'y parvenir par la foi. Dans la plupart des églises du monde, il existe des personnes qui ont été rejetées par leur famille à cause de leur foi. Qu'en est-il de votre propre église ? L'un des membres a-t-il perdu sa famille après avoir choisi Jésus ? Dans l'affirmative, comment votre famille ecclésiale lui montre-t-elle qu'il n'a pas perdu au change ?